Hébergement temporaire

Opinions et attentes des sans-abri sur le dispositif d’urgence et d’insertion

lundi 2 janvier 2006.

Puisque les accueillis et les hébergés sont « au cœur du projet associatif » d’Emmaüs, l’association leur a donné la parole. Elle a demandé à l’institut BVA de réaliser une enquête, avec toute la rigueur méthodologique qui s’impose, auprès des accueillis dans ses centres. Quelle est leur opinion ? Que pensent-ils du dispositif d’accueil ? Comment voient-ils leur avenir ? Les résultats, publiés le 15 décembre à l’occasion de la journée-rencontre annuelle d’Emmaüs, sont reproduits ci-dessous. "Ainsi nous pourrons mieux réfléchir non pas pour eux, mais à partir d’eux et de leur parole", dit Alain Raillard, délégué général d’Emmaüs.
L’Association Emmaüs et l’institut de sondage BVA, avec le soutien du journal Le Monde, de RTL et de la DRASSIF, publient les résultats de la première enquête centrée sur les opinions et les attentes des sans-abri. Cette enquête inédite, réalisée à partir d’un échantillon de 401 personnes représentatives du public accueilli par l’Association Emmaüs (accueils de jour et maraude, hébergements d’urgence, hébergements d’insertion) à Paris et région parisienne, lève un certain nombre d’idées reçues.

Etude BVA / Association Emmaüs "Opinions et attentes des sans-abri sur le dispositif d’urgence et d’insertion"

C’est l’expérience des débats sur le referendum européen (Association Emmaüs, printemps 2005) qui a révélé l’importance de donner la parole aux accueillis et hébergés dans les centres d’accueil et a fait tomber un certain nombre de préjugés sur leur niveau socio-culturel. Dans le même temps, toujours dans l’esprit de la loi du 2 janvier 2002, qui tend à favoriser l’« expression des usagers », l’association a organisé dans ses centres des conseils de la vie sociale ou conseils de maison.

L’enquête montée avec l’institut BVA / Le Monde / RTL / DRASSIF s’inscrit dans cette même démarche : donner la parole aux usagers, afin que leur avis puisse être pris en compte par les associations et les pouvoirs publics dans l’aménagement des dispositifs d’accueil.

L’étude a été réalisée selon une rigueur méthodologique usuelle aux instituts de sondage. L’adhésion au projet (les personnes accueillies étaient contentes que l’on prenne leur avis) et le fort taux de réponse montrent :

-  que les sans-abri ont une opinion sur ce qui les concerne

-  que les acteurs associatifs et institutionnels doivent en tenir compte dans leur prise de décision.

Cette démarche entre pleinement dans la perspective du projet associatif de l’Association Emmaüs : « les personnes accueillies au cœur du projet de l’Association Emmaüs »

1. Malgré les difficultés rencontrées, les sans-abri sont foncièrement optimistes

-  77 % des personnes interrogées pensent que leur situation va s’améliorer (10 % se dégrader et 12 % rester la même) surtout ceux qui sont hébergés en CHRS ou en hôtel social (84 %), les 40/49 ans (81 %), ceux qui ont un emploi déclaré (93 %), ceux qui vivent à la rue depuis moins d’un an (83 %) ou ceux qui ont envie de se fixer (81 %) ou qui n’ont jamais eu faim (83 %).

-  à l’horizon de 5 ans 82 % se voient vivre dans leur propre logement.

Parmi les personnes les plus désocialisées, il ne faut cependant pas négliger la possibilité d’un optimisme cachant un « onirisme social » permettant de supporter la situation présente.

L’optimisme affiché dans l’enquête coexiste paradoxalement avec de réelles difficultés chez les personnes interviewées, par exemple :

-  On souffre de la faim à Paris (même si on n’en meurt pas) : ainsi, 44 % avouent n’avoir pas trouvé à manger pendant toute une journée (souvent ou de temps en temps) surtout les jeunes (51 %), ceux qui ont un emploi non déclaré (53 %) ou qui n‘ont aucun diplôme (52 %).

-  La préoccupation principale, en dehors de se loger et de se nourrir, c’est de rester propre. C’est-à-dire garder une bonne image de soi.

-  Il est difficile pour 30 % des personnes interrogées d’accéder à ses droits en ce qui concerne la santé (CMU, AME, etc.), mais aussi de suivre un traitement médical. La question des traitements de longue durée est posée depuis plusieurs années : faut-il des lits-repos ? des lits-infirmiers ? une adaptation des centres hospitaliers ? D’autant que 12 % des sans-abri affirment avoir rencontré des médecins qui refusaient de les soigner. Ces chiffres confirment une enquête que l’Association Emmaüs avait effectuée il y quelques années : la santé ou « se soigner » n’est que la 3e préoccupation des personnes à la rue (26 %) en dehors de se nourrir et trouver un abri, et après rester propre et se déplacer. Quand on est à la rue, on n’a pas le temps de s’occuper de soi.

-  Se déplacer est cité en 2e position en dehors de se nourrir et trouver un abri et après rester propre. Le dispositif d’urgence est en effet organisé pour la « mise en mouvement » des personnes, sans donner les moyens aux personnes à la rue de se déplacer autrement qu’à pied. On retrouve là un mécanisme d’exclusion très fort de nos sociétés : la mobilité.

-  La satisfaction des besoins personnels, quotidiens et naturels est compliquée quand on est à la rue. L’association « La Raison du Plus faible » avait à ce sujet lancé une campagne sur la généralisation de l’installation de toilettes gratuites dans les villes. Le résultat de l’enquête BVA est sans appel : Seuls 27 % utilisent les toilettes publiques payantes (les sanisettes) et 46 % vont dans les centres d’accueil (cela montre l’importance du dispositif d’accueil) ou dans un café (41 %). Autrement, il ne reste qu’un recoin de la rue.

-  Une autre difficulté rencontrée par les sans-abri est le regard et l’attitude de rejet de la part des passants ou des commerçants : 83 % d’entre eux l’ont ressentie, surtout les jeunes (85 %) et les vieux (86 %) ceux qui vivent à la rue depuis 1 à 4 ans (87 %) et les formations supérieures au Bac (90 %).

-  Une question est souvent délaissée par les associations et pouvoirs publics parce qu’elle est difficile à traiter : la vie amoureuse, affective et sexuelle des personnes à la rue. L’enquête montre pourtant que c’est une réelle préoccupation pour 1 personne sur 5 (20 %).

2. Les centres d’hébergement d’urgence : une solution par défaut.

-  Très majoritairement, les sans-abri veulent se fixer quelque part (88%). Le nomadisme est une conception de la vie pour 9 % d’entre eux seulement, que l’on perçoit surtout chez les jeunes (14 %) et chez les non diplômés (15 %).

-  70 % d’entre eux rêvent d’un logement privé avec un loyer, 17 % d’un lieu collectif avec travail ou contribution financière (ce qui correspond en gros aux maisons relais). Mais ni le centre d’hébergement d’urgence (6%), ni le squat (1%), ni la vie à la rue ne sont un rêve. On peut noter le faible pourcentage de personnes (3%) qui choisiraient, si elles en avaient le choix, de vivre chez un membre de leur entourage. Les personnes sans-abri ont des parcours de vie faits de ruptures.

-  Les sans-abri font des démarches pour s’en sortir (47 %), surtout les jeunes adultes (30-39 ans : 54 %) ceux qui ont un emploi (57 %), ceux qui sont mariés ou vivent maritalement (57 %) et 11 % vont travailler. Mais il faut reconnaître également un vide relationnel important : 32 % cherchent un lieu pour se reposer, 20 % marchent en attendant que la journée se passe.

-  Le travail est perçu (en plus d’un moyen de gagner de l’argent) comme prioritairement un moyen d’accéder à un logement (47%), bien avant d’être un moyen de s’épanouir (28 %), une façon d’occuper ses journées (18 %) ou une contrainte (4 %).

Ces résultats nous amènent à dire que l’exclusion n’est pas un choix de vie. C’est une situation subie, contraignante et « acceptée » temporairement, en espérant une vie meilleure.

3. Les lieux d’accueil sont préférables à la rue

-  Contrairement à une idée répandue, les sans-abri préfèrent le centre d’hébergement d’urgence à la rue, même si c‘est pour une courte durée : ceci est exprimé par 78 % des personnes interrogées, surtout les jeunes (81 %), ceux qui ont un emploi (81 %), ceux qui vivent à la rue depuis moins d’un an (81 %). Mais il y a quand même 19 % des personnes qui disent qu’il est préférable d’attendre un hébergement plus long avant de quitter la rue, surtout les 50 ans et plus (76 %) et ceux qui sont à la rue depuis 5 ans et plus.

-  55 % pensent que les centres doivent être en ville (là où on arrive quand on vient de province ou de l’étranger). Cependant, pour 27 % des personnes interrogées, l’emplacement des centres hébergement d’urgence n’a pas d’importance, ce que l’on pourrait traduire par « pourvu qu’on ait un lit ».

-  Quand on est dans la galère, les lieux d’accueils ouverts la nuit sans hébergement (pour prendre un café et se reposer) sont aussi nécessaires. Ils sont même plébiscités : 83 % les jugent utiles, 64 % très utiles. Ce « plébiscite » concerne toutes les catégories et plus particulièrement les plus âgés (88 % des 50 ans et plus), ceux qui n’ont pas d’emploi (85 %), les divorcés, veufs ou séparés (91 %). L’accueil de nuit est là quand on en a besoin. Même si on ne l’utilise pas tous les jours.

-  Les personnes interrogées ont un avis très tranché sur l’inadaptation du dispositif d’aide sociale aux sans-papiers (54% des réponses). Un public pas nécessairement en difficulté personnelle ou sociale mais qui, parce qu’il n’a pas de papiers, est contraint de bénéficier de prestations à visée humanitaire.

4. L’accès aux places d’hébergement : l’importance du contact humain

L’enquête est révélatrice d’un double usage : pour obtenir un hébergement, les sans abri préfèrent le contact direct avec un travailleur social. Ainsi 48 % des personnes interrogées estiment que se rendre dans un lieu d’accueil pour être dirigé vers un centre d’hébergement est la meilleure solution. Et 43 % disent préférer le 115. Par ailleurs, 8 % prennent le risque de se rendre directement dans un centre, même s’il n’y a plus de place. Ces chiffres interrogent l’organisation de la distribution des places libres à Paris et en région parisienne et montrent l’importance de la relation directe.

Dans le même ordre d’idée, 69 % des personnes interrogées estiment qu’il est nécessaire d’ouvrir des centres dans chaque arrondissement, autrement dit, des centres de proximité pour qu’un lien puisse être renoué avec les personnes les plus désocialisées (qui ne veulent ou ne peuvent plus faire la démarche d’appeler le115).

5 - Le dispositif d’accueil ne doit pas dépendre de la générosité

-  Pour 65 % des sondés, c’est l’Etat qui doit financer le dispositif (ou l’Europe 40%). A la rigueur les villes (21%) mais pas les particuliers (3%). Ce qui peut être interprété comme un sentiment d’appartenance à une société, malgré la situation d’exclusion.

-  Plus de la moitié des personnes interrogées sont prêtes à travailler bénévolement en échange de l’accueil (52 %) ou à entretenir les lieux (bricolage, ménage…) (42 %). Mais plus rarement en échange de l’engagement sur un projet d’insertion (est-ce la traduction d’une conscience de la difficulté d’insertion sur les marchés du travail et du logement actuellement ?). Les sans-abri sont pour la contribution et l’échange. Ils ne se considèrent pas majoritairement en quémandeurs (à peine 6% d’entre eux considèrent que c’est un droit sans devoir d’être aidé). Conséquence pour nous : l’action purement humanitaire est incomplète, on ne peut pas accueillir uniquement pour mettre à l’abri. Le respect implique l’échange.

6 - Les travailleurs sociaux sont bien perçus

-  Les travailleurs sociaux servent à quelque chose ; 60 % considèrent que dans la situation actuelle, ce sont eux qui aident le plus à s’en sortir, particulièrement les plus âgés (65 %) et ceux qui ont moins d’un an de rue (66 %). Les solidarités traditionnelles existent quand même pour une personne sur cinq (14 % les copains ou l’entourage, 7 % la famille). Mais15 % considèrent que personne ne les aide.

-  Les travailleurs sociaux sont perçus comme aidant à se réinsérer (37 %). Ils aident aussi à trouver des lieux pour manger et dormir (21%). Ce sont des facilitateurs des prestations humanitaires. Ils ont aussi une fonction d’écoute (15%) et d’orientation (15 %). Seuls 8% ne leur trouvent par d’utilité.

-  Les sans abri souhaitent pour les plus exclus d’entre eux une démarche volontaire pour aller vers ceux qui ne demandent plus rien. Les travailleurs sociaux sont particulièrement reconnus quand ils vont à la rencontre des gens qui vivent à la rue et sous les ponts (40 % des sondés le leur demandent). Ce sont les actions de maraude, qu’ils aimeraient voir se développer, autant de jour que de nuit. Mais il faudrait aussi pour le public très désocialisé, selon 37% des interrogés, ouvrir des centres d’accueil de proximité, à faible effectif, encore à inventer…

(1) DRASSIF : Direction régionale des affaires sanitaires et sociales d’Ile-de-France

4 Réponses à “Hébergement temporaire”

  1. YAAKIDEN A dit:

    MOI AUSSI JE SUIS COMME C EST GENS LA QUI SONT EXPULSE DE LEUR LOGEMENT JE SUIS UNE MAMAN D UN ENFANT DE 7 ANS ET JE VIS AVEC MA SOEUR DS UNE CHAMBRE J AI FAIS UNE DEMANDE A LA MAIRIE DEPUIS L ANS 2000 JUSQU A MAINTENANT JE SOUFFRE AVEC MA PETITE FAMILLE ET LE PLUS BEAU MON PROPRIETAIRE VIENT DE DECEDES ET SON FILS VEUT RECUPERER LA CHAMBRE JE SUIS CONDAMNEE D ETRE DEHORS ON A PERSONNE QUI VA NOUS HEBERGER SURTOUT J AI PEUR POUR MON FILS JE VOUDRAIS PAS QU IL GRANDISSENT DS LA RUE

  2. yannick ballieu A dit:

    voila jvais vous expliqué au faite je me suis retrouvé a la rue a l age de mes 16 ans et mtn jsuis encore a la rue donc j aimerai qu on m aide j ai laisser mon adresse msn pour que vous me contacté si vous avez une idée pour moi merci

  3. amourta A dit:

    je suis étudiante j’ai 20 ans et je recherche un moyen de me loger pouvez vous m’aider?

  4. salabay david A dit:

    bonjour je me permet de vous solliciter car actuellement je suis dans une situation difficile cad a la rue et donc je n ai aucun moyen pour manger ni meme me loger que doit je faire ? certaines personnes ou organisations pourraient t elles m aider ?

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